L’HISTOIRE DE L’AVIATION – des origines à 1914
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1896. Planeur de Chanute (U.S.A.)

LILIENTHAL n’avait pas tardé à faire école. Les photos le représentant en vol, accroché à son planeur, avaient été largement diffusées. Elles lui avaient suscité de nombreux adeptes, dont les plus célèbres furent Percy Pilcher en Angleterre, le comte de Lambert en France, Pablo Suarez en Argentine et, aux États-Unis, Octave CHANUTE. Ce dernier, citoyen américain d’origine française, consacra à l’aviation sa fortune et la plus grande partie de son temps. Dès 1891, il entama la construction, de planeurs dont il avait dessiné les plans. D’emblée, CHANUTE réalisa un biplan qui s’avéra un excellent planeur. Il mit au point la formule du multiplan et lui resta fidèle. Son audace fut de s’écarter délibérément de la voilure en forme d’aile d’oiseau pour la faire rectangulaire. Les planeurs de CHANUTE étaient exactement – le moteur en moins – ce que furent plus tard les appareils des frères Wright : ceux-ci étaient ses amis et durent beaucoup à ses avis et à son aide. Quand les Wright eurent conquis la gloire, il s’effaça devant la réussite et la popularité de ses élèves. Grand pionnier de l’aviation, ingénieur méthodique et clairvoyant, homme généreux (qui n’hésitait pas à doter ses rivaux dénués de moyens), CHANUTE était trop âgé en 1895 pour essayer lui-même ses planeurs : il avait en effet 63 ans. Aussi choisit-il deux jeunes expérimentateurs, Herring et Avery, qui effectuèrent tous les essais sous sa direction, de 1895 à 1901. Là encore, CHANUTE laissa la gloire des expériences rejaillir sur ses collaborateurs (lesquels auront été les premiers pilotes d’essai connus). Herring et Avery décollaient d’une colline dominant le lac Michigan, terrain choisi après de longues recherches par CHANUTE. Chez ce dernier, les qualités de technicien n’avaient d’égal que le désintéressement. Contrairement à presque tous les chercheurs de l’époque, il divulguait les plans de ses planeurs et les faisait reproduire par la presse, mettant ainsi le fruit de son propre labeur à la portée des jeunes gens que l’aéronautique passionnait.