L’HISTOIRE DE L’AÉROSTATION – des origines à 1940
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1874. Ballon « Michel le Brave » (France)

IL serait sûrement très intéressant, mais pratiquement impossible, d’établir une « Galerie de portraits » de tous les aéronautes français. De Pilâtre de Rozier et du Marquis d’Arlandes premiers expérimentateurs de la Montgolfière après la démonstration de ses inventeurs — à l’avènement du dirigeable, combien furent-ils exactement ’... Une légion, une multitude selon les chroniques françaises, de 1793 à l’aube de notre siècle. L’écrivain Théophile Gautier fut le témoin de leur nombre et de leur activité : vers la moitié du XIXe siècle, il pouvait noter : « la folie des ballons continue toujours ; tous les dimanches, le ciel est constellé d’aérostats ». Pendant pratiquement un siècle entier, la « folie » des ballons fit rage en France ; la plupart du temps comme simple activité sportive, mais souvent aussi en tant que spectacle et même instrument d’utilité publique. Ce que surent faire les aéronautes français au cours du siège de Paris, pendant la guerre de 1870, a déjà été raconté aux chapitres précédents, en évoquant le fameux Neptune et les autres entreprises épiques de cette période. Et ce Neptune, premier ballon sorti de Paris assiégé, nous permet de parler de son pilote Jules DURUOF (anagramme de Dufour), cet homme qui fut pendant longtemps une figure mythique pour les Européens passionnés de vol. Le 23 septembre 1870, il laissa dédaigneusement tomber sa carte de visite sur les Allemands qu’il survolait. Après son atterrissage près d’Evreux, Duruof, attaché à l’Armée de la Loire, y fit des ascensions captives puis fut affecté à la station aérostatique de Lille. La paix signée, il rentra à Paris et se trouva compromis dans l’insurrection des Communards. Défendu par Nadar et acquitté, Duruof reprit ses activités et effectua de nombreuses ascensions en compagnie de sa femme. En 1874, le Michel le Brave, ballon destiné à la Roumanie, fut, au cours de plusieurs essais, équilibré et mis au point par ses soins.